Des particularités géographiques du mythe de la famille ou du crépuscule des siens

« Les terminaisons nerveuses », un roman d'Eric Duboys.


Je reviens d’une lecture saisissante et terriblement bouleversante…

Alors je me disais, si tu n’y vois pas d’inconvénient JC que je pouvais m’adresser directement à l’auteur car même si il n’est pas présent ce soir, je sais qu’il nous écoutera et je voulais lui dire et vous dire aussi combien ce roman est touchant et brillant.


Eric,

Merci, merci pour ton roman, de ceux qui rejoignent en silence cet amour qui manque à tout amour comme disait Christian Bobin dans sa part manquante…

Je me suis dit, tu vois Eric, je trouve que c’est exactement ça qui est touchant chez un écrivain, car tu es un écrivain, un amoureux qui soigne ses plaies et qui panse ses cicatrices avec des mots et des phrases de notes, de tons éteints et sanglants en même temps, tout est divinement amené dans ton livre, je te l’avais déjà dit mais quoi de plus convainquant de te parler ici directement afin de donner la fièvre à ceux qui ne l’ont pas encore lu…

Que puis-je dire de toi que je connais si peu, c’est vrai, que comme dit la chanson, on reste Dieu merci à la merci…de sa famille et toi de la tienne certainement…

Oui, Eric, la Superbe t’a gagné, modestement et de toutes les fractures du myocarde que je n’ai jamais connues, les tiennes m’ont particulièrement touchée.

Je suis tombée dans cette cour, dans ce vieux corps de ferme, dans ce carré peu ergonomique d’un théâtre cruel, d’une vie quotidienne, d’un massacre, d’une mise à mort, je suis tombée dans la boue ; oui je suis tombée pour ta mère, cette grand-mère aussi trace ultime d’humanité, j’ai aimé ton père et l’Antoine qui ne prendra soin d’aucune femme celui-là. Dommage ça l’aurait peut-être aidé, peut-être transporté ailleurs que sous ces maudits sapins tendus vers le ciel dont on sent bien qu’ils ne respirent plus dans une forêt dont le ventre affamé à tout avalé, tout ce qui était à toi…

A chaque phrase autant de chemins sinueux et tortueux, longs et parsemés de ces petits cailloux qui font bien plus mal dans les chaussures parce qu’ils s’y glissent sans qu’on s’en aperçoive, mais quelle maîtrise du verbe il faut avoir, pour pouvoir comme tu le fais, manipuler les mots et leur ponctuation afin que chaque souffle du lecteur ressemble à une respiration un peu comme quand tu dois reprendre l’air dans les poumons entre deux mouvements de brasse coulée.

Tes blessures m’ont séduite, leur sensibilité qui te condamne m’a littéralement enlevée à moi-même et s’il doit y avoir un mot qui s’accorde à l’exécution romanesque et sans doute particulièrement la tienne, c’est la résilience. Quel courage et quelle beauté entremêlés. Merci Eric pour ce roman majestueux et brillantissime, élégant et trash aussi qui ressemble à ce qu’est la vie et à sa terrible injustice. Son conglomérat permanent d’imbéciles et de bienheureux.


L’histoire se passe pendant les trente glorieuses, donc entre 1946 et 1975, on est dans les Terres-Froides, donc dans une boucle formée par le Bourbre qui est un affluent du Rhône et c’est important de le dire parce que l’histoire entière est emprunte du climat propre à cette région qui crucifient et qui est un personnage à lui tout seul, qui glace à la lecture…

Le roman est construit comme un mobile de Calder, les pièces attachées sont colorées de façon enfantine mais la position de chacune d’entre elle est en équilibre instable qui fait trembler le récit entier sans jamais l’ébranler.

On pourrait dire qu’il s’agit d’une saga familiale mais c’est bien plus que ça, c’est aussi un huis-clos travesti par une situation économique émergente d’une société archaïque qui a en partie survécu à la guerre, aux guerres même et qui s’installe dans une chaîne où personne ne peut se reconnaître.


Comme vous tous l’avez compris, l’auteur écrit ici un roman largement autobiographique et parle de sa famille sans pudeur sans jamais être vulgaire.

L’auteur, Eric Duboys est né en 1971, il vit près de Lyon et « Les terminaison nerveuses » est son premier roman (premier d’une longue série je l’espère…), édité en juin 2016 aux éditions La Clé À Mollette.
Il a aussi publié, aux éditions Camion Blanc, 3 livres encyclopédiques sur la musique industrielle.
Deux chroniques de ce livre peuvent être consultées ici et .
Des extraits du livres sont visibles sur le facebook d'Eric Duboys.

Ce billet est écoutable dans le podcast de l'émission du 14/11/16 à partir de 1h42.

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